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Dépression circadienne : un sous-type lié à l'horloge biologique ?

Dans une vaste étude australienne, près d'une personne sur quatre ayant connu une dépression présentait un profil « circadien » : sommeil décalé vers le soir, hypersomnie, fatigue au réveil. Ce que l'étude montre, et ce qu'elle ne montre pas.

FindYourNeurotype Team 27 octobre 2026 8 min de lecture

Selon une étude publiée le 20 octobre 2026 dans le British Journal of Psychiatry, 23 % des 11 380 adultes d'une cohorte australienne de personnes ayant connu une dépression présentaient un profil dit « circadien », lié à l'horloge biologique : beaucoup de sommeil pendant les épisodes, grande fatigue au réveil, préférence marquée pour le soir. Ces personnes rapportaient une dépression plus précoce et plus sévère, et un peu moins de bénéfice de deux grandes familles d'antidépresseurs. C'est une étude d'observation qui n'a testé aucun traitement et doit encore être confirmée.

  • L'étude : 11 380 adultes australiens ayant reçu un diagnostic de dépression au cours de leur vie, avec questionnaires en ligne et données génétiques.
  • Le sous-type : au moins 3 critères sur 6 liés au rythme veille-sommeil et aux saisons. 2 604 personnes étaient concernées.
  • Les résultats : une dépression plus précoce (18,7 ans en moyenne contre 23,2 ans) et plus sévère, des scores de risque génétique un peu plus élevés, notamment pour le TDAH et le profil « du soir ».
  • Les limites : données déclaratives, aucune mesure biologique de l'horloge, uniquement des personnes d'ascendance européenne, critères provisoires, pas encore de réplication.

L'horloge biologique, le chronotype et l'heure du sommeil, en clair

Votre corps suit des rythmes d'environ 24 heures, dits circadiens, coordonnés par une horloge maîtresse située dans le cerveau, le noyau suprachiasmatique. D'après l'institut américain NIGMS, la lumière et l'obscurité sont les signaux qui la règlent le plus fortement : selon la lumière captée par les yeux, elle pilote notamment la mélatonine, une hormone qui augmente le soir et favorise l'endormissement.

Votre chronotype est votre tendance naturelle à être plutôt du matin ou plutôt du soir. Nous en expliquons la biologie dans Couche-tard ou lève-tôt ? La biologie de votre horloge interne. Deux autres notions reviennent dans l'étude :

  • Le milieu de sommeil : l'heure du milieu de votre nuit. Si vous dormez de 1 h à 9 h, il est à 5 h. Plus il est tardif, plus votre horloge est décalée vers le soir.
  • Le « jetlag social » : l'écart entre votre milieu de sommeil les jours libres et les jours de travail. Un grand écart signale des horaires imposés en décalage avec votre horloge.

Ce qu'ont fait les chercheurs

L'équipe du Brain and Mind Centre de l'université de Sydney (dont Emiliana Tonini, première autrice, Jacob Crouse et Ian Hickie) a mis à l'épreuve une idée que plusieurs de ses membres avaient proposée en 2021 dans une revue de la littérature : une « dépression circadienne », où les perturbations du rythme veille-sommeil seraient au cœur de la maladie.

Les données viennent de l'Australian Genetics of Depression Study, qui a recruté des volontaires par courrier d'invitation de l'administration australienne et par une campagne dans les médias. L'analyse porte sur des questionnaires recueillis entre 2016 et 2018. Étaient classées dans le sous-type circadien les personnes qui remplissaient au moins 3 de ces 6 critères :

  • un score élevé de variation saisonnière de l'humeur et du comportement ;
  • un milieu de sommeil tardif les jours libres, avec des seuils ajustés selon l'âge ;
  • un jetlag social important ;
  • se décrire comme « nettement du soir » ;
  • une hypersomnie, c'est-à-dire dormir beaucoup plus que d'habitude, pendant le pire épisode dépressif ;
  • se sentir « très fatigué » dans la demi-heure qui suit le réveil.

Ce qu'ils ont trouvé

Un profil fréquent dans cet échantillon. 2 604 participants (23 %) répondaient à la définition. Ils étaient en moyenne plus jeunes (37,9 ans contre 45,6 ans) et plus souvent des femmes (80 % contre 73 %). Les critères les plus fréquents chez eux étaient l'hypersomnie (84 %) et la fatigue au réveil (83 %), devant le chronotype du soir (68 %) et la saisonnalité (41 %).

Une dépression plus précoce et plus lourde. Le premier épisode survenait en moyenne à 18,7 ans, contre 23,2 ans dans le reste de l'échantillon. Les personnes du sous-type rapportaient aussi davantage de détresse psychologique, de plaintes physiques, d'idées suicidaires et d'expériences de type (hypo)maniaque ou psychotique, et plus souvent une prise de poids pendant les épisodes.

Des différences génétiques modestes. Les chercheurs ont calculé des scores de risque polygénique, qui additionnent les petits effets de très nombreuses variations génétiques liées à un trait. Les personnes du sous-type avaient des scores un peu plus élevés pour le TDAH, la dépression, le trouble bipolaire, l'anxiété, l'insomnie, l'indice de masse corporelle, les triglycérides et la résistance à l'insuline. L'écart le plus net concernait la génétique du chronotype, orientée vers le soir. Ce sont des tendances de groupe, qui disent très peu de chose d'une personne en particulier et ne signifient pas que ces personnes ont un TDAH.

Un peu moins de bénéfice déclaré avec deux familles d'antidépresseurs. Les participants avaient noté eux-mêmes l'efficacité des antidépresseurs déjà pris (« pas du tout », « modérément », « très bien »). Le groupe circadien avait des chances un peu plus faibles de juger efficaces les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS, rapport de cotes de 0,88) et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN, 0,89). Aucune différence n'apparaissait pour la mirtazapine ou l'amitriptyline. Le groupe circadien déclarait aussi plus d'effets indésirables (somnolence, fatigue, prise de poids notamment). Ces écarts sont modestes et reposent sur des souvenirs : ils ne disent pas si un médicament fonctionnera pour vous.

Ce que l'étude ne montre pas

  • Pas de lien de cause à effet : les données ont été recueillies à un seul moment, ce qui rend les conclusions causales difficiles, reconnaissent les auteurs.
  • Tout est déclaratif : horaires de sommeil, réponse aux traitements et effets indésirables viennent de questionnaires, avec un risque d'erreurs de mémoire. Aucune mesure physiologique de l'horloge (mélatonine, actimétrie) n'a été réalisée.
  • Un échantillon particulier : des volontaires australiens, aux trois quarts des femmes, tous d'ascendance européenne. Les 23 % ne valent pas forcément pour l'ensemble des personnes déprimées.
  • Des critères provisoires : les six critères ont le même poids, leurs seuils n'ont pas été validés, et seule l'hypersomnie était évaluée pendant un épisode, les autres critères décrivant des habitudes durables. Le profil recoupe en partie la dépression dite atypique et le trouble bipolaire, sans se confondre avec eux selon les auteurs.
  • Aucun traitement testé : l'étude n'a évalué ni la luminothérapie, ni la mélatonine, ni aucun autre traitement. Dans le communiqué, Jacob Crouse estime que les traitements ciblant le rythme circadien « pourraient être beaucoup plus pertinents » pour ce profil : c'est une hypothèse à tester, pas un résultat. Les auteurs concluent eux-mêmes qu'une réplication indépendante est nécessaire.
  • Financement et liens d'intérêts : l'étude a été financée surtout par des fonds publics australiens (NHMRC), des dons et le Wellcome Trust. Ian Hickie déclare avoir dirigé des projets soutenus par plusieurs laboratoires. Le communiqué précise qu'il a mené des recherches sur l'agomélatine, un antidépresseur agissant notamment sur les récepteurs de la mélatonine, financées par le laboratoire Servier. Il conseille aussi une entreprise de santé mentale numérique, InnoWell, dont il détient des parts.

Pourquoi en parler maintenant ?

La France est repassée à l'heure d'hiver dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026, et les journées raccourcissent. Mais l'étude n'a étudié ni le changement d'heure ni l'hiver : la saisonnalité n'était qu'un des six critères, présent chez 41 % des personnes du sous-type. Retenez plutôt ceci : chez certaines personnes, la dépression s'accompagne d'horaires de sommeil très décalés, de nuits très allongées ou d'une humeur qui suit les saisons. Ces signes méritent d'être décrits à votre médecin.

Pour faire le point avant d'en parler, notre questionnaire de chronotype situe votre tendance matin ou soir, le questionnaire sur la qualité du sommeil (PSQI) décrit vos nuits, et le questionnaire PHQ-9 estime l'intensité de symptômes dépressifs sur deux semaines. Ce sont des questionnaires d'auto-évaluation : leur résultat n'est pas un diagnostic. Si vous prenez un antidépresseur et vous reconnaissez dans ce profil, ne modifiez rien de vous-même : parlez-en à votre médecin. Sur le lien entre sommeil et humeur, lisez aussi Soigner l'insomnie pour apaiser la dépression et TDAH et trouble affectif saisonnier.

Si vous allez mal ou si vous avez des idées suicidaires, appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24 et 7 j/7. En cas d'urgence médicale, composez le 15 (ou le 112). La dépression se soigne, et en parler est un premier pas.

Questions fréquentes

La dépression circadienne est-elle un diagnostic officiel ?

Non. C'est un profil proposé par des chercheurs, avec des critères encore provisoires, qui doit être confirmé par d'autres équipes.

Être couche-tard augmente-t-il le risque de dépression ?

Cette étude ne permet pas de le dire : elle ne portait que sur des personnes ayant déjà connu une dépression, et elle décrit des associations. Un chronotype du soir n'est pas une maladie.

La luminothérapie ou la mélatonine fonctionnent-elles pour ce sous-type ?

Cette étude ne permet pas de le savoir, puisqu'elle n'a testé aucun traitement. Si vous envisagez l'une ou l'autre, parlez-en à votre médecin, surtout si vous suivez déjà un traitement.

Je prends un ISRS et je me reconnais dans ce profil : dois-je changer de traitement ?

Pas de vous-même. Les écarts observés sont modestes et ne disent rien d'une personne en particulier. Toute modification d'un antidépresseur se décide avec un médecin : parlez-en au vôtre, en lui décrivant votre sommeil et vos rythmes.

Le changement d'heure peut-il déclencher une dépression ?

Cette étude ne l'a pas examiné. Si votre humeur baisse nettement et durablement à l'approche de l'hiver, ou chaque année à la même saison, parlez-en à votre médecin.

Références : Tonini E, Crouse JJ, Shin M, Carpenter JS, Mitchell BL, Byrne EM, et al., dont Hickie IB (2026). Clinical and genetic correlates of a circadian subtype of depression in the Australian Genetics of Depression Study. The British Journal of Psychiatry, publié en ligne le 20 octobre 2026, p. 1-10. DOI : 10.1192/bjp.2026.10798. Étude transversale, n = 11 380 (2 604 avec le sous-type circadien). | Université de Sydney (21 octobre 2026). Researchers identify new circadian subtype of depression | Carpenter JS, Crouse JJ, Scott EM, Naismith SL, Wilson C, Scott J, Merikangas KR, Hickie IB (2021). Circadian depression: a mood disorder phenotype. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 126, 79-101. DOI : 10.1016/j.neubiorev.2021.02.045 (revue de la littérature) | NIGMS. Circadian Rhythms | Service-public.fr. Passage à l'heure d'hiver (mis à jour le 20 octobre 2026) | 3114, numéro national de prévention du suicide | Service-public.fr. Numéros d'urgence

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