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TDAH, mortalité et automutilation : ce que montrent deux études

Deux études de 2026 associent le TDAH à un risque de décès et d'automutilation plus élevé en moyenne. Ce que disent vraiment ces chiffres, leurs limites, et pourquoi la période avant le traitement compte.

FindYourNeurotype Team 27 octobre 2026 8 min de lecture

Deux études publiées en 2026 associent le TDAH à un risque de décès et d'automutilation plus élevé en moyenne, et indiquent que la période qui précède un traitement est la plus fragile. Ce sont des associations, pas des prédictions individuelles : le risque de décès d'une personne reste faible, et le message des chercheurs porte surtout sur l'importance d'un diagnostic et d'un accompagnement à temps.

  • Mortalité : selon une méta-analyse publiée le 19 octobre 2026 dans JAMA Network Open (19 études, près de 16 millions de personnes), le risque de décès est en moyenne 1,71 fois plus élevé avec un TDAH.
  • Automutilation : dans une étude de BMJ Mental Health (461 024 personnes traitées, cinq systèmes de santé), le risque était le plus élevé dans les 90 jours avant le début d'un médicament du TDAH.
  • Les limites : ce sont des études observationnelles, qui montrent des liens et non des causes.

Si vous avez des idées suicidaires ou envie de vous faire du mal, parlez-en dès maintenant : ces moments peuvent passer, et de l'aide existe. En France, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24 et 7 j/7, y compris pour un proche. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.

Étude 1 : un risque de décès plus élevé, en moyenne

Cette revue systématique avec méta-analyse, menée notamment par des chercheurs de l'université de Liverpool, de l'University College London (UCL) et du King's College London, rassemble 19 études observationnelles comparant des personnes avec et sans TDAH : 15,9 millions de participants de tous âges, aux États-Unis, au Canada, en Suède, à Taïwan, au Royaume-Uni, en Finlande et au Danemark. Résultats regroupés (rapports de risques, intervalle de confiance à 95 %) :

  • Décès toutes causes : 1,71 (1,31 à 2,24), 9 études.
  • Suicide : 1,89 (1,21 à 2,95), 5 études.
  • Blessures, accidentelles ou non : 1,55 (1,22 à 2,00), 4 études.
  • Causes naturelles (maladies) : 1,27 (1,16 à 1,38), 3 études.

Chez les personnes avec un TDAH, la prise d'un médicament du TDAH était associée à une mortalité plus faible (0,75 ; 0,64 à 0,87). Mais ce résultat ne repose que sur 3 études, et les auteurs précisent qu'il ne prouve pas un effet protecteur : les personnes traitées peuvent différer des autres (suivi médical, conditions de vie, sévérité).

Autres limites : des résultats très variables d'une étude à l'autre, des échantillons surtout masculins, des pratiques de diagnostic différentes selon les pays. L'étude a été financée par la Medical Research Foundation britannique, qui n'y a pas participé, et aucun auteur ne déclare de lien avec l'industrie pharmaceutique.

Étude 2 : les 90 jours avant le traitement, une période fragile

Dirigée par l'université Aston (Birmingham) avec l'UCL et l'université de Hong Kong, cette étude a été publiée en ligne le 12 septembre 2026 dans BMJ Mental Health, puis présentée par l'université le 22 octobre. Elle utilise les données de santé de Hong Kong, de Nouvelle-Zélande, de Corée du Sud, de Taïwan et du Royaume-Uni de 2001 à 2020. Sur 461 024 personnes de 6 ans et plus ayant reçu un médicament du TDAH, 6 847 avaient un épisode d'automutilation enregistré, quelle qu'en soit l'intention : ce sont elles qui ont été analysées.

La méthode compare chaque personne à elle-même : le taux d'automutilation de certaines périodes est rapporté à celui de ses périodes sans traitement. Cela neutralise les différences stables entre individus, mais pas ce qui change au fil du temps. Résultats regroupés (rapports de taux, intervalle de confiance à 95 %) :

  • 90 jours avant le début du traitement : 2,58 (2,12 à 3,13), le niveau le plus élevé.
  • 90 premiers jours de traitement : 1,78 (1,23 à 2,57).
  • Suite du traitement : 1,27 (1,01 à 1,60).

Ce profil se retrouvait dans les cinq bases, chez les femmes comme chez les hommes, avec les stimulants (comme le méthylphénidate) comme avec les non-stimulants (comme l'atomoxétine). Pour les auteurs, il ne soutient pas l'idée que ces médicaments seraient le principal moteur de l'automutilation ; le risque d'avant traitement pourrait refléter des difficultés non prises en charge. La baisse observée ensuite ne doit pas non plus être attribuée au seul médicament, car l'évaluation, les conseils et le suivi plus rapproché qui accompagnent le début du traitement peuvent aussi y contribuer. Adrienne Chan, qui a dirigé l'étude avec Ian Wong, résume que beaucoup de personnes sont « déjà à leur niveau de risque le plus élevé avant même le début du traitement » (traduit de l'anglais).

Limites : les participants étaient souvent jeunes (âge moyen de 9 à 25 ans selon les bases), seuls les épisodes enregistrés par le système de santé sont comptés, et l'étude ne dit pas à quelle fréquence l'automutilation survient avec un TDAH. Elle a été financée par le Research Grants Council de Hong Kong ; plusieurs auteurs déclarent des financements ou honoraires de laboratoires pharmaceutiques, dont certains commercialisent des traitements du TDAH, sans lien avec ce travail.

Risque relatif, risque absolu : ce que veut dire « 1,71 »

Un rapport de 1,71 est un risque relatif : en moyenne, les décès étaient environ 70 % plus fréquents dans les groupes avec TDAH. Il ne dit pas combien de personnes sont concernées. Quand le risque de départ est faible, une hausse relative importante reste un petit nombre en valeur absolue.

L'une des études incluses, une cohorte nationale danoise de 1,92 million de personnes (dont 32 061 avec un TDAH) publiée dans The Lancet en 2015, donne un ordre de grandeur : 5,85 décès pour 10 000 personnes suivies pendant un an avec un TDAH, contre 2,21 sans TDAH. Autrement dit, plus de 99,9 % des personnes avec un TDAH étaient en vie à la fin de chaque année de suivi. Ces chiffres valent pour cette cohorte, suivie depuis l'âge d'un an, et ne se transposent pas tels quels à d'autres pays ou d'autres âges.

Pourquoi ce surcroît de risque ? Les pistes des chercheurs

  • Accidents et blessures : différences d'attention et de contrôle des impulsions, risque plus élevé d'accidents de la route graves.
  • Troubles associés : dépression, anxiété et consommation de substances, plus fréquentes avec un TDAH. Le TDAH coexiste aussi souvent avec l'autisme, ce qui pourrait expliquer une partie du lien.
  • Santé physique : tabac, alimentation, sommeil, et difficultés à suivre un traitement médical au long cours.
  • Facteurs sociaux : exclusion, précarité, stigmatisation, parcours scolaire plus court.
  • Diagnostic et accès aux soins : les deux équipes insistent sur un diagnostic et une prise en charge en temps utile. Selon l'équipe d'Aston, la période d'avant traitement pourrait correspondre à une aggravation des difficultés, à d'autres troubles ou à un stress important.

Ce que ces études ne disent pas

  • Elles ne prouvent pas que le TDAH cause, en lui-même, des décès : d'autres facteurs mal mesurés peuvent jouer.
  • Elles ne disent pas que votre vie sera plus courte : une moyenne sur des millions de personnes n'est pas un destin individuel.
  • Elles ne prouvent ni que les médicaments du TDAH protègent, ni qu'ils provoquent l'automutilation.
  • Aucune n'a été menée en France, où l'accès au diagnostic et aux soins est organisé différemment.

Ces résultats ne sont pas une raison de commencer, d'arrêter ou de modifier un traitement de vous-même : si vous vous posez des questions, parlez-en à votre médecin.

Ce que cela signifie pour les adultes avec un TDAH

Le message utile est moins « le TDAH est dangereux » que « le TDAH mérite d'être reconnu et accompagné ».

Questions fréquentes

Le TDAH réduit-il l'espérance de vie ?

En moyenne, les études observent une mortalité plus élevée avec un TDAH, surtout par accidents, blessures et suicide. Mais le risque absolu reste faible, et plusieurs facteurs en cause (troubles associés, accès aux soins, conditions de vie) peuvent être pris en charge. Ce n'est pas une prédiction pour vous.

Les médicaments du TDAH augmentent-ils le risque d'automutilation ?

L'étude de BMJ Mental Health ne va pas dans ce sens : le risque était le plus élevé avant le traitement, plus bas ensuite, dans les cinq systèmes de santé. Ses auteurs recommandent un suivi attentif avant et pendant le traitement. Pour votre situation, parlez-en à votre médecin.

Le traitement réduit-il la mortalité ?

La méta-analyse trouve une association avec une mortalité plus faible d'environ 25 %, mais sur 3 études seulement, et ses auteurs soulignent que ce n'est pas une preuve d'effet protecteur.

Un questionnaire en ligne peut-il dire si j'ai un TDAH ?

Non. Un questionnaire d'auto-évaluation aide à faire le point et à préparer une consultation ; seul un médecin formé peut poser un diagnostic.

À qui parler si je traverse un moment très difficile ?

En France, le 3114 répond gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7, aux personnes en détresse comme à leurs proches. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. Votre médecin traitant peut aussi vous recevoir et vous orienter.

Références : Corrigan L, Heywood L, Stewart GR, O'Nions E, Shelford H, Stott J, John A (2026). Mortality Among People With Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Network Open 9(10):e2639448, publié le 19 octobre 2026. doi:10.1001/jamanetworkopen.2026.39448 (revue systématique et méta-analyse de 19 études observationnelles, 15 920 970 participants) | Chan AYL, Beyene K, Park S, Shen CY, Yuen ASC, et al., Man KKC, Wong ICK (2026). ADHD medication use and risk of self-harm: a multinational self-controlled case series study. BMJ Mental Health 29(1):e302819, publié en ligne le 12 septembre 2026. doi:10.1136/bmjment-2026-302819 (série de cas autocontrôlée, 5 bases de données, 461 024 personnes traitées dont 6 847 avec un épisode d'automutilation) | Dalsgaard S, Østergaard SD, Leckman JF, Mortensen PB, Pedersen MG (2015). Mortality in children, adolescents, and adults with attention deficit hyperactivity disorder: a nationwide cohort study. The Lancet 385(9983):2190-2196. doi:10.1016/S0140-6736(14)61684-6 (cohorte nationale danoise, 1,92 million de personnes dont 32 061 avec un TDAH) | UCL, 19 octobre 2026 : ADHD linked to higher mortality but medication may help | Université Aston, 22 octobre 2026 : Aston University-led international study finds ADHD medication unlikely to raise risk of self-harm | 3114, numéro national de prévention du suicide

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