Les chercheurs comptent désormais 253 gènes fortement liés à l'autisme, contre 72 en 2022. C'est une vraie avancée pour la recherche, mais ce n'est ni « la cause » de l'autisme, ni un test, ni la promesse d'un traitement. Deux travaux qui ont fait parler d'eux en octobre 2026 aident à remettre ces chiffres à leur place.
- Le chiffre : 253 gènes repérés dans l'ADN de 62 429 personnes autistes, dans une prépublication pas encore relue par des pairs.
- La nuance : dans une prépublication associée portant sur 38 680 personnes autistes, environ 7 % portent, selon un modèle statistique, une mutation nouvelle (de novo) à fort effet dans un gène (probabilité d'autisme multipliée par plus de cinq). La grande majorité n'en porte pas.
- L'autre étude : l'anxiété, la dépression ou le TDAH associés à l'autisme semblent liés à d'autres facteurs génétiques que ceux de l'autisme.
- Pour vous : aucun test génétique ne permet de diagnostiquer l'autisme.
De 72 à 253 gènes : ce qu'a trouvé l'étude
Le travail principal a été mis en ligne le 26 août 2026 sur medRxiv, un serveur de prépublications, par l'Autism Sequencing Consortium (auteurs seniors : Mark Daly, Broad Institute, et Michael Talkowski, Massachusetts General Hospital). Le magazine The Transmitter l'a présenté le 8 octobre.
L'équipe a lu l'exome, la partie de l'ADN qui sert à fabriquer les protéines, de 62 429 personnes autistes issues de cohortes de recherche (dont SPARK) et d'un laboratoire de génétique clinique. Elle a cherché des variants rares qui abîment un gène : certains sont apparus pour la première fois chez l'enfant (variants de novo), d'autres sont hérités d'un parent.
Résultat : 253 gènes associés à l'autisme avec un seuil très strict (moins d'une fausse découverte attendue sur 1 000). En 2022, la même équipe en trouvait 72 chez environ 20 000 personnes autistes, et 66 d'entre eux sont confirmés. Une autre grande étude de 2022, sur 42 607 personnes autistes, en comptait 60 avec une autre méthode. Trois fois plus de participants, plus de trois fois plus de gènes : la découverte n'a pas atteint de plafond.
Un point de vocabulaire : un « gène de l'autisme » n'est pas un gène qui rend autiste. C'est un gène dans lequel une altération rare augmente nettement la probabilité d'être autiste, sans la rendre certaine.
Des gènes qui ne concernent pas que l'autisme
Les auteurs ont comparé ces gènes aux grandes études sur les troubles du développement, la schizophrénie, le trouble bipolaire et l'épilepsie. Ils les ont classés en six groupes : par exemple, 39 gènes ne sont liés qu'à l'autisme, et 128 à la fois à l'autisme et aux troubles du développement.
Les gènes plus spécifiques de l'autisme servent davantage à construire les synapses, les points de contact entre neurones. Les gènes partagés servent davantage à régler l'activité d'autres gènes. Les enfants porteurs d'un variant dans ces gènes partagés atteignaient plus tard les étapes du développement, comme la marche ou les premiers mots.
Ce sont des tendances statistiques : comme le dit Mark Daly dans The Transmitter, on ne sait pas encore prédire l'évolution d'une personne à partir de son résultat génétique.
Une prépublication compagnon (bioRxiv, 23 septembre 2026, équipe de Michael Gandal) montre que ces gènes convergent vers trois grands programmes : la régulation des gènes, la croissance des neurones et la communication entre neurones. Ils sont surtout actifs dans des neurones en cours de maturation.
Financement : notamment la Simons Foundation (qui finance aussi SPARK et The Transmitter) et les NIH américains. Mark Daly est cofondateur scientifique de l'entreprise Maze Therapeutics, et plusieurs auteurs sont ou ont été salariés de GeneDx, le laboratoire de génétique clinique qui a fourni une partie des données.
Combien de personnes autistes portent l'un de ces variants ?
Une troisième prépublication y répond en partie (Ajay Nadig, Luke O'Connor et collègues, medRxiv, 27 août 2026). Elle modélise les variants de novo chez 38 680 personnes autistes dont les parents ont aussi été séquencés.
- Selon le modèle, environ 7 % de ces personnes (intervalle de confiance : 5,6 à 8,4 %) portent une mutation de novo à fort effet : un variant qui tronque une protéine, ou un variant faux-sens jugé très dommageable, situé dans un gène où il multiplie par plus de cinq la probabilité d'être autiste.
- L'ensemble des mutations de novo codantes dommageables, à fort effet ou non, explique 3,4 % de la variation de l'autisme dans ces cohortes, une mesure statistique de groupe.
- La moitié de cette part tient à seulement 15 gènes, surtout liés à des troubles du développement sévères.
- Même ces mutations ne mènent pas toujours à l'autisme : selon l'estimation du modèle, une mutation typique qui tronque un gène de l'autisme n'y aboutirait que chez environ 56 % des porteurs (fourchette estimée : 38 à 68 %).
Ce chiffre de 7 % vaut pour ces cohortes, dont plus d'un quart des participants vient d'un laboratoire de génétique clinique, où la déficience intellectuelle et le retard de développement sont plus fréquents : il ne s'applique pas tel quel à toutes les personnes autistes. Ce calcul laisse aussi de côté les grandes délétions ou duplications d'ADN, les variants rares hérités et l'ADN non codant. La part de personnes autistes ayant une explication par un variant rare est donc plus élevée, mais reste minoritaire : comme le rappelle la chercheuse Maria Chahrour, non impliquée, la plupart des personnes autistes n'ont pas d'explication par un variant rare.
Alors, d'où vient le reste ?
L'autisme est très héritable : environ 80 %, selon une étude sur plus de 2 millions d'enfants nés dans cinq pays (Bai et collègues, 2019). Cela veut dire que, dans une population, les différences entre personnes sont en grande partie liées à des différences génétiques. Cela ne veut pas dire que l'autisme d'une personne est « génétique à 80 % ».
L'essentiel vient de variants fréquents : des milliers de petites différences d'ADN, présentes chez beaucoup de gens, chacune avec un effet minuscule. Une étude suédoise de 2014 (Gaugler et collègues) attribuait déjà aux mutations de novo une part modeste de la variation : 2,6 %.
Encore beaucoup de gènes à découvrir
On a pu lire qu'environ 25 % des gènes « fortement liés » à l'autisme restaient à découvrir. L'expression peut prêter à confusion : dans la prépublication de modélisation, ce quart concerne seulement les gènes à effet très fort (probabilité multipliée par plus de 20), dont 35 sur environ 46 estimés seraient déjà connus. Pour les gènes à effet plus modéré (probabilité plus que doublée), les gènes identifiés n'en représenteraient qu'environ 21 %, soit 126 sur environ 601 selon le modèle.
Les découvertes iraient aussi beaucoup plus vite en incluant des personnes autistes ayant une déficience intellectuelle ou un retard de développement. Limite notée par les auteurs : ces gènes pourraient refléter surtout certains profils.
Anxiété, dépression, TDAH : d'autres racines génétiques
Le second travail est publié dans une revue à comité de lecture : Molecular Psychiatry, en ligne le 12 septembre 2026, relayé fin octobre (Adeniran Okewole, Varun Warrier et collègues, Université de Cambridge). Il s'appuie sur la cohorte américaine SPARK : données cliniques de 74 204 personnes autistes, dont 17 582 avec des données génétiques. Dans l'ensemble du groupe, 56 % avaient au moins une condition psychiatrique associée.
Les chercheurs ont regroupé ces conditions en trois axes : comportemental (TDAH, troubles du comportement), émotionnel (anxiété, dépression) et troubles de la pensée (schizophrénie, trouble bipolaire). Résultats :
- chaque axe est en partie héritable, par des variants fréquents ;
- le score génétique de l'autisme n'est associé à aucun des trois axes ;
- les scores génétiques du TDAH et de la dépression, construits en population générale, y sont associés ;
- les variants rares sont liés à la déficience intellectuelle, pas à ces trois axes.
Autrement dit, chez les personnes autistes étudiées, le TDAH, l'anxiété ou la dépression semblent liés en partie aux mêmes facteurs génétiques que dans la population générale, plutôt qu'aux facteurs génétiques de l'autisme. C'est une association observée à l'échelle du groupe, pas une prédiction pour une personne. Ces conditions ne sont pas simplement « une partie de l'autisme » : elles méritent d'être repérées et accompagnées pour elles-mêmes.
Limites : une seule cohorte de familles volontaires, des diagnostics non vérifiés dans les dossiers médicaux, une génétique limitée aux personnes d'ascendance européenne, et des diagnostics associés qui peuvent passer inaperçus chez les porteurs de variants rares, qui ont souvent d'importants besoins de soutien. L'étude n'explique pas pourquoi ces conditions sont plus fréquentes chez les personnes autistes. Financement : notamment des bourses de doctorat (Cambridge Trust, bourse Trinity-Henry Barlow), le Wellcome Trust et la Simons Foundation (SFARI) ; aucun conflit d'intérêts déclaré.
Ce que cela change pour vous
L'autisme se diagnostique par une évaluation clinique, pas par l'ADN. Les recommandations britanniques du NICE demandent de ne pas utiliser de tests génétiques en routine dans l'évaluation diagnostique de l'autisme, chez l'enfant comme chez l'adulte, et de les envisager au cas par cas : particularités physiques, malformations, déficience intellectuelle. Pour le collège américain de génétique médicale (ACMG), le bilan génétique vient après un diagnostic fiable, pour chercher une cause, informer la famille et adapter le suivi.
Ce bilan peut repérer un syndrome qui demande une surveillance particulière, comme le syndrome de Phelan-McDermid. Si vous vous posez la question, pour vous ou votre enfant, parlez-en à votre médecin.
Si vous vous demandez plutôt si vous avez des traits autistiques, un questionnaire d'auto-évaluation comme l'AQ-10 ou sa version longue, l'AQ-50, peut aider à préparer un échange avec un professionnel. Ce n'est pas un diagnostic.
À lire aussi : des centaines de gènes, deux états du cerveau chez la souris, et quatre profils d'autisme chez 5 000 enfants.
Questions fréquentes
L'autisme est-il génétique ?
En grande partie : l'héritabilité est estimée à environ 80 %. Mais pour la plupart des personnes autistes, il ne s'agit pas d'un seul gène : plutôt de nombreuses petites variations fréquentes, parfois d'un variant rare, et de facteurs non génétiques.
Existe-t-il un test génétique pour savoir si l'on est autiste ?
Non. Un bilan génétique peut être proposé après le diagnostic, dans certaines situations, pour chercher une cause. Il ne pose pas le diagnostic.
Porter un variant dans l'un de ces 253 gènes rend-il forcément autiste ?
Non. Ces variants augmentent la probabilité sans la rendre certaine : selon une estimation de modèle, une mutation typique de ce type n'aboutirait à l'autisme que chez un peu plus d'un porteur sur deux.
Ces découvertes annoncent-elles un traitement ?
Non. Elles décrivent des gènes et des mécanismes biologiques. Elles aident surtout à mieux suivre les porteurs de certains variants rares, qui ont parfois d'autres besoins de santé.
Références : Satterstrom FK, Auwerx C, Fu JM, et al., Autism Sequencing Consortium, Talkowski ME, Daly MJ (2026). Rare variation illuminates the distinct and pleiotropic genetic architecture of autism across neuropsychiatric traits. medRxiv, prépublication non relue par des pairs, mise en ligne le 26 août 2026. doi:10.64898/2026.08.24.26360398. Variants rares codants, 62 429 personnes autistes et 33 316 personnes non autistes. | Nadig A, Fu J, Satterstrom FK, Auwerx C, Zhang Z, et al., Talkowski M, Robinson EB, O'Connor LJ (2026). Estimating the contribution of coding mutations to autism. medRxiv, prépublication non relue par des pairs, mise en ligne le 27 août 2026. doi:10.64898/2026.08.25.26361328. Modélisation, 38 680 trios. | Smith RL, Liao Y, Klei L, et al., Gandal MJ (2026). Autism genes converge on three functional programs organized by neuronal subclass, developmental timing, and cortical patterning. bioRxiv, prépublication non relue par des pairs, mise en ligne le 23 septembre 2026. doi:10.64898/2026.09.22.753508. | Okewole A, Bourque VR, Koko M, Huguet G, Borglum AD, Grove J, Jacquemont S, Baron-Cohen S, Warrier V (2026). Common genetic variants are associated with increased likelihood of latent co-occurring neurodevelopmental and mental health factors among autistic individuals. Molecular Psychiatry, publié en ligne le 12 septembre 2026. doi:10.1038/s41380-026-03880-1. Étude génétique observationnelle, cohorte SPARK, 74 204 personnes autistes (données cliniques), dont 17 582 avec données génétiques. | Fu JM, Satterstrom FK, Peng M, et al. (2022). Rare coding variation provides insight into the genetic architecture and phenotypic context of autism. Nature Genetics 54(9):1320-1331. doi:10.1038/s41588-022-01104-0. Cohorte de 63 237 personnes. | Zhou X, Feliciano P, Shu C, et al. (2022). Integrating de novo and inherited variants in 42,607 autism cases identifies mutations in new moderate-risk genes. Nature Genetics 54(9):1305-1319. doi:10.1038/s41588-022-01148-2. | Bai D, Yip BHK, Windham GC, et al. (2019). Association of Genetic and Environmental Factors With Autism in a 5-Country Cohort. JAMA Psychiatry 76(10):1035-1043. doi:10.1001/jamapsychiatry.2019.1411. Cohorte de population, 2 001 631 enfants dont 22 156 autistes. | Gaugler T, Klei L, Sanders SJ, et al. (2014). Most genetic risk for autism resides with common variation. Nature Genetics 46(8):881-885. doi:10.1038/ng.3039. | Schaefer GB, Mendelsohn NJ, Professional Practice and Guidelines Committee (2013). Clinical genetics evaluation in identifying the etiology of autism spectrum disorders: 2013 guideline revisions. Genetics in Medicine 15(5):399-407. doi:10.1038/gim.2013.32. | NICE. Autism spectrum disorder in adults: diagnosis and management (CG142), recommandations 1.2.11 et 1.2.17, mise à jour 2021. | NICE. Autism spectrum disorder in under 19s: recognition, referral and diagnosis (CG128), recommandation 1.7.1, mise à jour 2017. | Barker H. Number of autism-linked genes more than triples in new analyses. The Transmitter, 8 octobre 2026.
